Hommage
André Balthazar, un des derniers grands chantres du surréalisme hennuyer, n'est plus. Je l'ai connu comme collègue, professeur de français, lors de mes trois premières années de cours, à l'Athénée Provincial du Centre, à Morlanwelz, à partir de 1974. Un homme extraordinaire, cultivé, cosmopolite, convivial, il fut l'amical mentor de mes premiers pas.Que de souvenirs!
Il fut l'ami et le comparse d'Achille Chavée et de Pol Bury.
Je voudrais ajouter que j'ai connu, dans les mêmes années, dans le même établissement, un autre collègue d'André, non moins célèbre: le dramaturge Jean Louvet, lui aussi professeur de français et lui aussi un homme charmant, bien qu'ayant du caractère(!), qui m'a pris si on peut dire sous sa houppelande protectrice, un véritable homme de gauche.
Un petit texte d'André, délicieux et tendre: "L'abeille"
L'abeille a le corsage de
son miel.
Son ventre fuse et diffuse, arrondit la chambre. Le voile des rideaux (remparts dont la
transparence l'irrite ; d'un coup le zézaiement se fait colère) enveloppe ce fuseau qui s'empêtre.
Dans l'air, en larges diagonales entre des instants de piétinements chercheurs, des va-et-vient
remplissent tout. Au fond de l'oreille, le cérumen absorbe cette musique voyageuse : ariette qui
tourne et qui soudain s'efface ... La chambre retrouve de la raideur dans ses quatre murs. Puis,
soudain, redémarre le tourniquet doré, têtu, broyeur de vitres.
Plus trapue que la guêpe, elle possède la souplesse qu'exige la diversité des calices : elle
butine le cul en l'air quand il le faut, circule en acrobate prudente parmi les étamines et
pistils qui la poudrent.
Elle ronronne de gourmandise. Parfois déçue (ou le sang à la tête), elle grogne et quitte les
lieux vers d'autres petits fours.
Elle rentre, égarée, et circule un instant, le temps d'une pensée. Et s'en va.
Reste dans l'air un peu de sucre.
Buffonneries André Balthazar
Son ventre fuse et diffuse, arrondit la chambre. Le voile des rideaux (remparts dont la
transparence l'irrite ; d'un coup le zézaiement se fait colère) enveloppe ce fuseau qui s'empêtre.
Dans l'air, en larges diagonales entre des instants de piétinements chercheurs, des va-et-vient
remplissent tout. Au fond de l'oreille, le cérumen absorbe cette musique voyageuse : ariette qui
tourne et qui soudain s'efface ... La chambre retrouve de la raideur dans ses quatre murs. Puis,
soudain, redémarre le tourniquet doré, têtu, broyeur de vitres.
Plus trapue que la guêpe, elle possède la souplesse qu'exige la diversité des calices : elle
butine le cul en l'air quand il le faut, circule en acrobate prudente parmi les étamines et
pistils qui la poudrent.
Elle ronronne de gourmandise. Parfois déçue (ou le sang à la tête), elle grogne et quitte les
lieux vers d'autres petits fours.
Elle rentre, égarée, et circule un instant, le temps d'une pensée. Et s'en va.
Reste dans l'air un peu de sucre.
Buffonneries André Balthazar
Editions Le Daily-Bul, 1990.
Le Daily Bul
Le Daily-Bul ou Daily
Bul ou Daily Bûl est une pensée, une revue et une maison d'édition créée par André Balthazar et Pol Bury à La Louvière en 1957 dans la
mouvance du mouvement CoBrA et du surréalisme
belge.
À l'origine du Daily-Bul, les éditions de Montbliart créées en 1955 par les mêmes.
L'emblème en est un escargot imaginé par le poète Marcel Havrenne, membre du groupe Rupture
Selon Marcel Havrenne, « la pensée
bul n’est pas souvent ce qu’on croit ; elle en serait même, le cas
échéant, tout le contraire »5.
La revue Daily Bul n'a eu que 14 numéros
entre 1957 et 1983, mais a publié des textes de Pol Bury, Christian
Dotremont, Pierre Alechinsky, Achille Chavée, Folon, Roland Topor, Marcel et Gabriel Piqueray.
La maison d'édition publie notamment ces
auteurs et est subventionnée par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Le Daily Bul, ou Centre Daily-Bul & C°, est
aussi un centre d'archives et d'expositions.
Une rue de La Louvière est ainsi nommée (rue
Daily Bûl) en son honneur.
(Encyclopédie Wikipedia)
"Ce matin, en écrivant une phrase, j'ai perdu une virgule et ne la retrouve plus. Je cherche. En vain.
Pas de virgule. Plus de virgule. Même pas sur mon buvard, dans l'ombre de ce qu'elle fut. Peut-être au fond de l'encrier, là où dorment les miettes de mots et où se réfugient, par beau temps, les miettes de silence ?
Inquiétude.
Chatouillement."
André Balthazar


